• Wilfried Sasson (1886-1967) s'engage dès le début de la guerre. Il perd son frère  à Gallipoli (Gelibolu, sur le détroit des Dardanelles). Sur le front de la Somme, il rencontre Wilfred Owen, dont il publie l'oeuvre après la guerre. 

    Le Général

    "Bonjour, bonjour!" a fait le Général, 

    Croisé la semaine dernière alors que nous montions en ligne.

    Aujourd'hui, la plupart sont morts de ceux qui l'ont vu sourire

    Et nous traitons de porcs les ganaches de son état-major. 

    "Ça marche pour ce vieux rigolo" a grogné Pierre à Paul, 

    Fantassins en route pour Arras avec fusil et barda.

     

    Son plan d'attaque a bien marché pour eux deux. 

     


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  • Wilfred Owen (1893-1918) était sous-lieutenant. Longtemps mobilisé sur la Somme, il fut fauché à la tête de sa section à Ors (Nord) le 4 novembre 1918. Sa mort fut annoncée à ses parents alors que l'on carillonnait l'Armistice. 

    1914

    La guerre est déclarée: l'hiver du monde resserre, 

    Noire et terrible, sa glaciation. L'abominable tourmente

    Ancrée à Berlin fouaille l'Europe dans sa grande largeur, 

    Déchire les voiles du progrès. En lambeaux

    Ou en berne, tous les pavillons de l'art.

    En pleurs la poésie. C'est la disette du cœur

    Et de la pensée. L'amour a goût de piquette. 

    Versées, les moissons de l'homme pourrissent sur pied.

     

    Après un printemps éclos sur la Grèce précoce, 

    Un été glorieux qui a incendié Rome, 

    Un doux automne, récoltes rentrées, a laissé

    Venir un grand âge, riche de tous ces apports.

    Mais voici que l'hiver s'acharne et nous impose, 

    Pour un nouveau printemps, des semailles de sang. 

     


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  • Ivor Gurney est un poète et compositeur prolifique. Simple soldat, il sert d'abord en Belgique. Blessé à Bihécourt, près de Vermand, dans l'Aisne, il a finit sa vie en mauvais état de santé mentale. Le poème qui suit évoque la vie dans les tranchées, près de Vermand. 

    A plat ventre à frissonner dans un froid de canard

    On a le temps de regarder les étoiles. Enterrés,

    On scrute l'est, par dessus le pli. Mars nous harcèle les sens

    De ses rafales; mourir ou lutter ne sert plus à rien. 

    Sur la gauche, des arbres courtauds (on jurerait les bois des Cotswolds)

    Se montrent entre les bourrasques de neige sous le ciel clair et ses étoiles.

    On a l'esprit accaparé par le froid et l'émerveillement.

    Tout est abomination

    Et beauté raffinée, vêtements trempés et abominables.

    On a ça dans la tête. On crève de froid, d'envie de feu.

    Et demain, du pareil au même: la pioche ou bien les barbelés.

     

    Harcelée par les bourrasques de neige, à plat ventre, la chair abomine la terre.

    Sentinelle aux avant-postes, ma relève est prévue dans environ

    Un quart d'heure. Rien de plus à faire que de se faire tout petit

    Dans les trous difficilement creusés, vautrés dans la caillasse gelée, 

    En proie au mal du pays à en crever, le coeur navré.

    Y ai-je jamais été, au chaud et sous la lampe, avec Bach, à la recherche

    Du sacré? Alors que la chance est perdue, l'amour à croire sur parole. 

     


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