• L'orientalisme n'est pas un courant pictural à proprement parler. Il s'agit plutôt d'une thématique qui touche aussi bien le Romantisme que l'Académisme (et même, à certains égards, la peinture de Matisse, par exemple). Si les sujets orientaux sont fréquents dans la peinture, on les trouve aussi en poésie (Hugo en offre l'illustration) qu'en musique.

    Cet engouement pour l'Orient n'est pas neuf. Voltaire situe la fin de Candide près d'Istanbul, et l'empire ottoman fournit aussi le cadre de l'opéra de Mozart L'enlèvement au sérail. Plus loin encore, la Cérémonie turque du Bourgeois Gentilhomme de Molière et Lully témoigne de la fascination exercée par l'Orient sur l'imaginaire occidental. Les Salons de peinture se peuple d'odalisques, de cavaliers arabes, de pèlerins allant à la Mecque. On déambule dans les rues du Caire, d'Alger ou d'Istanbul, on explore par l'art les montagnes de l'Atlas ou du Caucase.

    Très vite, pourtant, ce goût orientaliste fixe des clichés, fige des stéréotypes. On rêve l'Orient plus qu'on ne cherche à le connaître. 

    Petite promenade en image et musique...

    Orientalismes

    Dominique Ingres, La grande odalisque, 1815, Musée du Louvre

     

    Orientalismes

    Théodore Chassériau, Le Khalife de Constantine Ali Ben Hamet, chef des Harakas, suivi de son escorte, 1845, 325 × 259 cm , Château de Versailles. 

     

     

    Orientalismes

    Léon Belly, Pèlerins allant à la Mecque, 1861, Musée d'Orsay, Paris

     

     

    Orientalismes

    Eugène Fromentin, Campement dans l'Atlas, vers 1865, 105 cm x 143.3 cm, The Walters Art Museum, Baltimore

     

     

    Orientalismes

    Eugène Fromentin, La Chasse au héron en Algérie, 1865, Musée Condé de Chantilly

     

     

    Orientalismes

    Henri Régnault, Exécution sans jugement sous les rois maures de Grenade, 1870, Musée d'Orsay, Paris

     

     

    Orientalismes

    Jean-Léon Gérôme, Marchand de peaux,  Le Caire, 1869, 61.5 x 50 cm, Collection particulière

     

     

    Orientalismes

    Jules-Antoine Lecomte du Nouÿ, L'Esclave blanche, 1888, 146 × 118 cm, Musée des Beaux-arts de Nantes

     

     

     Nikolaï Rimski-Korsakov, Shéhérazade , 1888, 3ème partie: "Le jeune prince et la jeune princesse"

    Piotr-Illitch Tchaïkovski , Casse-Noisette, "Danse arabe", 1892 (ici dans Fantasia, de Walt disney)

     

     

    Orientalismes

    James Tissot, Les Rois mages en voyage, 1894, 70,8 x 101,6 cm. Minneapolis Institute of Arts

     

     

    Orientalismes

    Jean-Léon Gérôme, Les Derviches tourneurs, vers 1895, 72.5 × 94 cm, collection particulière

     

     

    Orientalismes

     Henri Matisse, Odalisque, 1922, 65.1 x 81.3 cm, Metropolitan Museum de New-York

     

    http://www.histoiredelart.net/courants/l-orientalisme-17.html# 


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  • Eugène Delacroix est né en 1798. Sa formation artistique le conduit à fréquenter des peintres comme Gros ou Géricault. Il expose au Salon pour la première fois en 1822 et se fait un nom avec le très remarqué Dante et Virgile aux Enfers (Musée du Louvre).

    Delacroix l'oriental

    En 1824, il s'empare de l'actualité en exposant au Salon quatre oeuvres inspirées de la Guerre d'Indépendance Grecque, dont Scènes des massacres de Scio (Musée du Louvre)

    Delacroix l'oriental

    Il participe ensuite en 1826 à une exposition consacrée aux Grecs à la galerie Lebrun. Il expose La Grèce expirant sur les ruines de Missolonghi (Musée des Beaux-Arts de Bordeaux) .

    Delacroix l'oriental

    En 1828, au Salon, il expose La mort de Sardanapale (Musée du Louvre): oeuvre tourmentée, sombre et violente qui suscite d'âpres discussions.

    Delacroix l'oriental

    En 1831, après avoir exposé La Liberté guidant le peuple, Delacroix est invité à rejoindre la mission extraordinaire organisée par le duc de Mornay au Maroc. Le voyage le conduit de Tanger à Alger avant un retour à Toulon en 1832. Pendant ce temps, il remplit des carnets des croquis. Dès lors, Delacroix ne cessera plus de traiter les thèmes orientaux. Ce voyage a profondément marqué son style, en particulier sa perception de la lumière.

    Delacroix l'oriental

     

    Delacroix l'oriental

     

    Delacroix l'oriental

     

    Delacroix l'oriental

     

    Delacroix l'oriental

     

    Delacroix l'oriental

     

    Delacroix l'oriental

    Femmes d'Alger dans leur appartement, 1832, Musée du Louvre

     

    Delacroix l'oriental

    L'Arabe au tombeau, 1838, Hiroshima Museum of Arts

     

    Delacroix l'oriental

    Le Sultan du Maroc, 1845, Musée des Augustins de Toulouse

     

    Delacroix l'oriental

    Combattant grec à cheval, 1856, Musée Alexandros Soutzos d'Athènes


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  • Le poème de Hugo met en scène dans un cadre nocturne et inquiétant ces génies qui passent avec fracas près de la maison du locuteur. C'est un des textes les plus célèbres du poète, et l'un des plus originaux. 

    Murs, ville,

    Et port,

    Asile

    De mort,

    Mer grise

    Où brise

    La brise,

    Tout dort.

     

    Dans la plaine

    Naît un bruit.

    C'est l'haleine

    De la nuit.

    Elle brame

    Comme une âme

    Qu'une flamme

    Toujours suit !

     

    La voix plus haute

    Semble un grelot.

    D'un nain qui saute

    C'est le galop.

    Il fuit, s'élance,

    Puis en cadence

    Sur un pied danse

    Au bout d'un flot.

     

    La rumeur approche.

    L'écho la redit.

    C'est comme la cloche

    D'un couvent maudit ;

    Comme un bruit de foule,

    Qui tonne et qui roule,

    Et tantôt s'écroule,

    Et tantôt grandit,

     

    Dieu ! la voix sépulcrale

    Des Djinns !... Quel bruit ils font !

    Fuyons sous la spirale

    De l'escalier profond.

    Déjà s'éteint ma lampe,

    Et l'ombre de la rampe,

    Qui le long du mur rampe,

    Monte jusqu'au plafond.

     

    C'est l'essaim des Djinns qui passe,

    Et tourbillonne en sifflant !

    Les ifs, que leur vol fracasse,

    Craquent comme un pin brûlant.

    Leur troupeau, lourd et rapide,

    Volant dans l'espace vide,

    Semble un nuage livide

    Qui porte un éclair au flanc.

     

    Ils sont tout près ! - Tenons fermée

    Cette salle, où nous les narguons.

    Quel bruit dehors ! Hideuse armée

    De vampires et de dragons !

    La poutre du toit descellée

    Ploie ainsi qu'une herbe mouillée,

    Et la vieille porte rouillée

    Tremble, à déraciner ses gonds !

     

    Cris de l'enfer! voix qui hurle et qui pleure !

    L'horrible essaim, poussé par l'aquilon,

    Sans doute, ô ciel ! s'abat sur ma demeure.

    Le mur fléchit sous le noir bataillon.

    La maison crie et chancelle penchée,

    Et l'on dirait que, du sol arrachée,

    Ainsi qu'il chasse une feuille séchée,

    Le vent la roule avec leur tourbillon !

     

    Prophète ! si ta main me sauve

    De ces impurs démons des soirs,

    J'irai prosterner mon front chauve

    Devant tes sacrés encensoirs !

    Fais que sur ces portes fidèles

    Meure leur souffle d'étincelles,

    Et qu'en vain l'ongle de leurs ailes

    Grince et crie à ces vitraux noirs !

     

    Ils sont passés ! - Leur cohorte

    S'envole, et fuit, et leurs pieds

    Cessent de battre ma porte

    De leurs coups multipliés.

    L'air est plein d'un bruit de chaînes,

    Et dans les forêts prochaines

    Frissonnent tous les grands chênes,

    Sous leur vol de feu pliés !

     

    De leurs ailes lointaines

    Le battement décroît,

    Si confus dans les plaines,

    Si faible, que l'on croit

    Ouïr la sauterelle

    Crier d'une voix grêle,

    Ou pétiller la grêle

    Sur le plomb d'un vieux toit.

     

    D'étranges syllabes

    Nous viennent encor ;

    Ainsi, des arabes

    Quand sonne le cor,

    Un chant sur la grève

    Par instants s'élève,

    Et l'enfant qui rêve

    Fait des rêves d'or.

     

    Les Djinns funèbres,

    Fils du trépas,

    Dans les ténèbres

    Pressent leurs pas ;

    Leur essaim gronde :

    Ainsi, profonde,

    Murmure une onde

    Qu'on ne voit pas.

     

    Ce bruit vague

    Qui s'endort,

    C'est la vague

    Sur le bord ;

    C'est la plainte,

    Presque éteinte,

    D'une sainte

    Pour un mort.

     

    On doute

    La nuit...

    J'écoute : -

    Tout fuit,

    Tout passe

    L'espace

    Efface

    Le bruit.

    Ce même poème a inspiré à César Franck un poème symphonique qui porte le même titre et qui, avec des moyens musicaux mime, lui aussi, l'arrivée de l'essaim des djinns et son éloignement progressif en passant par un point culminant tonitruant et épique: 

     

     


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  • Le 5 décembre 1830, Berlioz fait exécuter la Symphonie Fantastique, oeuvre aussi novatrice que le fut Hernani pour le théâtre. 

    Voici le programme conçu par le compositeur lui-même: 

    Programme de la symphonie

    Un jeune musicien d’une sensibilité maladive et d’une imagination ardente, s’empoisonne avec de l’opium dans un accès de désespoir amoureux. La dose de narcotique, trop faible pour lui donner la mort, le plonge dans un lourd sommeil accompagné des plus étranges visions, pendant lequel ses sensations, ses sentiments, ses souvenirs se traduisent dans son cerveau malade en pensées et en images musicales. La femme aimée elle-même est devenue pour lui une mélodie et comme une idée fixe qu’il retrouve et qu’il entend partout.

    Première partie: Rêveries, passions

    Il se rappelle d’abord ce malaise de l’âme, ce vague des passions, ces mélancolies, ces joies sans sujet qu’il éprouva avant d’avoir vu celle qu’il aime; puis l’amour volcanique qu’elle lui inspira subitement, ses délirantes angoisses, ses jalouses fureurs, ses retours de tendresse, ses consolations religieuses.

    Deuxième partie: Un bal

    Il retrouve l’aimée dans un bal au milieu d’une fête brillante.

     

    Troisième partie: Scène aux champs

    Un soir d’été à la campagne, il entend deux pâtres qui dialoguent un Ranz des vaches; ce duo pastoral, le lieu de la scène, le léger bruissement des arbres doucement agités par le vent, quelques motifs d’espoir qu’il a conçus depuis peu, tout concourt à rendre à son cœur un calme inaccoutumé, à donner à ses idées une couleur plus riante; mais elle apparaît de nouveau, son cœur se serre, de douloureux pressentiments l’agitent: si elle le trompait… L’un des pâtres reprend sa naïve mélodie, l’autre ne répond plus. Le soleil se couche… bruit éloigné du tonnerre… solitude… silence…

     

    Quatrième partie: Marche au supplice

    Il rêve qu’il a tué celle qu’il aimait, qu’il est condamné à mort, conduit au supplice. Le cortège s’avance aux sons d’une marche tantôt sombre et farouche, tantôt brillante et solennelle, dans laquelle un bruit sourd de pas graves succède sans transition aux éclats les plus bruyants. A la fin, l’idée fixe reparaît un instant comme une dernière pensée d’amour interrompue par le coup fatal.

    Cinquième partie: Songe d’une nuit du Sabbat

    Il se voit au Sabbat, au milieu d’une troupe affreuse d’ombres, de sorciers, de monstres de toute espèce réunis pour ses funérailles. Bruits étranges, gémissements, éclats de rire; cris lointains auxquels d’autres cris semblent répondre. La mélodie-aimée reparaît encore: mais elle a perdu son caractère de noblesse et de timidité; ce n’est plus qu’un air de danse ignoble, trivial et grotesque: c’est elle qui vient au sabbat… Rugissements de joie à son arrivée… Elle se mêle à l’orgie diabolique… Glas funèbre, parodie burlesque du Dies Irae. Ronde du sabbat. La ronde du sabbat et le Dies Irae ensemble.

    Ecoutons ce dernier mouvement, le plus frénétique, des cinq:

    Et relisons quelques poèmes des Orientales de Victor Hugo qui s'inscrivent aussi dans cette tonalité parfois grinçante et inquiétante: 

    "Les têtes du sérail", I et II

    "Fantômes"

    "Clair de Lune"

    et "Les Djinns"


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  • En 1829, Hugo publie les Orientales et se prépare à faire jouer Marion de Lorme. La pièce est pourtant interdite par la censure: on touche à l'image du roi. Dans le même temps, l'auteur travaille à Hernani. Ce téléfilm retrace les grandes étapes de ce qu'on a appelé ensuite "la bataille d'Hernani". 

     

    Les six premières minutes peuvent être visionnées, elles posent les termes du problème que rencontre Hugo: l'artiste est libre, certes, selon le roi, mais il ne faut pas que cette liberté sorte du cadre de l'oeuvre littéraire, sorte des mots. 

    De 14'06 à 16'15: Hugo s'entretient avec le baron Taylor, Commissaire royal du Théâtre-Français: le bouleversement des règles du théâtre peut-il provoquer un bouleversement de la société dans son ensemble? 

    A partir de 45'46: le 25 février 1830, soir de la première. 

    Le ton du téléfilm est un peu didactique, mais on mettra à profit le visionnage pour saisir l'esprit du temps. 


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