• Aratos de Soles: l'âge d'or

    Poète grec alexandrin, Aratos de Soles (315-245 av. J.C.) est surtout connu pour son poème didactique sur l'astronomie, Les Phénomènes. Ce poème eut immédiatement un grand succès et suscita de nombreux commentaires: Cicéron notamment la traduisit, et Virgile l'imita dans les Géorgiques. Dans le passage qui suit, Aratos associe l'âge d'or à la présence sur terre d'une Vierge, la Justice:

    "Sous les deux pieds du Bouvier, tu peux contempler la Vierge, qui tient à la main un Épi étincelant. Est-elle la fille d’Astrée, dont on dit qu’il fut le père antique des constellations, ou bien de quelqu’un d’autre ? Puisse-t-elle de toute façon suivre paisiblement son chemin. Mais une autre tradition circule parmi les hommes, disant assurément qu’elle était autrefois présente sur la terre ; elle allait à la rencontre des humains, ne dédaignait pas la compagnie des hommes et des femmes des vieux âges, s’asseyait au milieu d’eux , bien qu’immortelle : on l’appelait Justice. Elle assemblait les Anciens sur une place ou dans une rue spacieuse et, par d’instantes exhortations, les poussait à voter des lois favorables au peuple. On ignorait encore les malheurs qu’engendre la discorde, les chicanes haineuses et le tumulte des combats : on vivait simplement. La mer et ses épreuves restait loin de la pensée. Il n’y avait pas encore de navires pour amener des vivres des pays lointains : le boeuf, la charrue et Justice elle-même, régente des peuples, dispensatrice des biens légitimes, fournissaient tout avec surabondance. Cela dura tant que la terre nourrit la race d’or. Mais à la race d’argent ses visites devinrent plus rare ; elle se fit tout à fait inaccessible, car elle regrettait l’ancienne façon de vivre ; mais malgré tout la coutume, au siècle d’argent, se maintenait ; elle descendait à la tombée du soir des montagnes bruyantes d’échos, toute seule, et ne parlait familièrement à personne : lorsqu’elle avait réuni assez d’hommes pour couvrir entièrement des collines immenses, elle les accablait de menaces, touchait du doigt leurs turpitudes, et leur déclarait qu’elle ne viendrait plus, pour répondre à leur appel, se montrer à leurs yeux : « Quelle descendance vos pères de l’âge d’or ont laissée après eux, combien dégénérée ! Et vous aurez des enfants pires encore. Alors il y aura des guerres, alors il y aura des meurtres impies parmi les hommes, et sur la faute s’appesantira la peine. » A ces mots elle regagnait les montagnes et laissait là toute cette foule qui la cherchait encore des yeux.Mais lorsque ceux-là moururent à leur tour, vint la race de bronze, plus scélérate encore que la précédente, qui la première forgea l’épée criminelle pour tuer sur les routes et la première mangea la chair des boeufs de labour. Alors Justice prit en haine cette génération et s’envoya vers le ciel afin d’habiter cette région où la nuit elle apparaît encore aux mortels sous le nom de Vierge, auprès de l’éclatant Bouvier


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