• Dans un paysage idéalisé, évoquant tant l'Age d'or de l'Antiquité que les « pastorales » du 18e siècle, hommes et femmes nus se prélassent ou s'embrassent ; certains jouent de la flûte ; au fond de la clairière, encadrés par la frondaison des arbres, un groupe de danseurs forme une ronde. Les rose, vert, orange, violet, jaune, rouge et bleu, couleurs vives et pures, ne sont plus brossées mais posées en aplats d'une manière qui peut rappeler Gauguin et sont nettement délimitées, déterminant ainsi une ligne en arabesque qui court de corps en corps, de corps en arbre, des arbres au ciel, et qui unifie le tout. Une grande clarté ressort d'un ensemble en équilibre parfait.

    Matisse: l'âge d'or?

    Henri Matisse, Le bonheur de vivre, 1905-1906, Fondation Barnes

     


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  • L'assimilation d'un régime politique à l'âge d'or est assez fréquente en littérature, moins dans les arts. Selon Rubens lui-même qui en parle dans sa Correspondance, le tableau de la Félicité de la régence évoque les bienfaits de la régence de Marie[de Médicis, la veuve d'Henri IV], notamment l'état florissant des arts sous son brillant règne, dans une complexe fusion allégorique de la Justice (la reine en figure de la Justice) et du Bon Gouvernement. Sur la gauche, la France et Saturne (le Temps) qui introduit un nouvel âge d'or. En bas, incarnés par de petits Amours, les Beaux-Arts, protégés et favorisés par la reine, triomphent de leurs habituels ennemis (Ignorance, Médisance, Envie).

    Rubens, La Félicité de la Régence, 1625, Musée du Louvre


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  • Dans la pièce de Sénèque, l'âge d'or est associé au temps où l'homme ignorait la navigation. Cette thématique est assez typiquement romaine. Virgile la traite dans la quatrième Bucolique, Ovide l'évoque aussi dans les Métamorphoses. Ici, c'est le choeur qui prend la parole.

    "Trop audacieux fut le premier qui, sur un esquif si fragile, fendit les flots perfides et qui, voyant fuir derrière lui son rivage natal, livra sa vie à la merci des vents capricieux ; traversant dans sa course aventureuse les espaces maritimes il osa se fier à une méchante lame de bois, ligne de démarcation bien mince tracée entre la vie et la mort ! Personne ne connaissait encore les astres et on ne se servait point des étoiles dont le ciel est parsemé, les embarcations ne pouvaient pas encore éviter les pluvieuses Hyades ni la constellation de la Chèvre d’Olène ou le char que suit et que dirige lentement dans la région d’Arctos le vieux Bouvier ; ni Borée ni Zéphire n’avaient encore de nom. Tiphys eut l’audace de déployer des voiles sur la vaste mer et de dicter aux vents de nouvelles lois, en étendant tantôt ses toiles complètement, en cherchant tantôt à ne prendre le Notus qu’en oblique, les écoutes larguées, en fixant parfois prudemment ses vergues à mi-mât, en les hissant parfois jusqu’au sommet lorsque le matelot trop ardent veut profiter de toute la force du vent et loruqu’au bout des hunes mêmes, tremble sa flamme rouge. Nos pères vécurent en des temps d’innocence bien éloignés de toute fraude. Chacun se contentait paisiblement du rivage qui bordait son propre pays, et viellissait sur la terre de ses aïeux, riche de peu et ne connaissant d’autres trésors que les produits du sol natal."


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  • Poète grec alexandrin, Aratos de Soles (315-245 av. J.C.) est surtout connu pour son poème didactique sur l'astronomie, Les Phénomènes. Ce poème eut immédiatement un grand succès et suscita de nombreux commentaires: Cicéron notamment la traduisit, et Virgile l'imita dans les Géorgiques. Dans le passage qui suit, Aratos associe l'âge d'or à la présence sur terre d'une Vierge, la Justice:

    "Sous les deux pieds du Bouvier, tu peux contempler la Vierge, qui tient à la main un Épi étincelant. Est-elle la fille d’Astrée, dont on dit qu’il fut le père antique des constellations, ou bien de quelqu’un d’autre ? Puisse-t-elle de toute façon suivre paisiblement son chemin. Mais une autre tradition circule parmi les hommes, disant assurément qu’elle était autrefois présente sur la terre ; elle allait à la rencontre des humains, ne dédaignait pas la compagnie des hommes et des femmes des vieux âges, s’asseyait au milieu d’eux , bien qu’immortelle : on l’appelait Justice. Elle assemblait les Anciens sur une place ou dans une rue spacieuse et, par d’instantes exhortations, les poussait à voter des lois favorables au peuple. On ignorait encore les malheurs qu’engendre la discorde, les chicanes haineuses et le tumulte des combats : on vivait simplement. La mer et ses épreuves restait loin de la pensée. Il n’y avait pas encore de navires pour amener des vivres des pays lointains : le boeuf, la charrue et Justice elle-même, régente des peuples, dispensatrice des biens légitimes, fournissaient tout avec surabondance. Cela dura tant que la terre nourrit la race d’or. Mais à la race d’argent ses visites devinrent plus rare ; elle se fit tout à fait inaccessible, car elle regrettait l’ancienne façon de vivre ; mais malgré tout la coutume, au siècle d’argent, se maintenait ; elle descendait à la tombée du soir des montagnes bruyantes d’échos, toute seule, et ne parlait familièrement à personne : lorsqu’elle avait réuni assez d’hommes pour couvrir entièrement des collines immenses, elle les accablait de menaces, touchait du doigt leurs turpitudes, et leur déclarait qu’elle ne viendrait plus, pour répondre à leur appel, se montrer à leurs yeux : « Quelle descendance vos pères de l’âge d’or ont laissée après eux, combien dégénérée ! Et vous aurez des enfants pires encore. Alors il y aura des guerres, alors il y aura des meurtres impies parmi les hommes, et sur la faute s’appesantira la peine. » A ces mots elle regagnait les montagnes et laissait là toute cette foule qui la cherchait encore des yeux.Mais lorsque ceux-là moururent à leur tour, vint la race de bronze, plus scélérate encore que la précédente, qui la première forgea l’épée criminelle pour tuer sur les routes et la première mangea la chair des boeufs de labour. Alors Justice prit en haine cette génération et s’envoya vers le ciel afin d’habiter cette région où la nuit elle apparaît encore aux mortels sous le nom de Vierge, auprès de l’éclatant Bouvier


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  • "Le moustique" est un poème attribué à Virgile, et rangé dans l' Appendix Vergiliana, recueil sans doute constitué tradivement. Cette pièce de jeunesse de 414 hexamètres a pour sujet la mort d'un moustique écrasé par un berger au moment où il le réveille pour le sauver d'un serpent. Mort, le moustique apparaît en songe à son meurtrier et lui demande une sépulture qu'il obtient. Voici un extrait qui se situe dans la première partie du texte: le poète présente la vie des bienheureux bergers:

    O bonheur du berger  (si le vain savoir de nos esprits prévenus ne dédaigne pas les jouissances du pauvre et ne se laisse pas prendre, pour mépriser la pauvreté, aux trompeuses vanités du luxe) - bonheur ignorant des soucis, qui déchirent dans un coeur haineux nos avides pensées ! Si jamais pour lui des toisons, payées par les trésors d'un Attale  n'ont été deux fois trempées dans la teinture assyrienne ; si l'éclat de l'or rayonnant aux lambris de sa demeure  n'étreint pas son coeur avide ; s'il n'est pas destiné à posséder de magnifiques peintures ni des mosaïques resplendissantes, dont l'inutilité lui est connue ; si ses coupes n'étalent pas les agréables ciselures d'Alcon  et de Boèce  ; si la perle des coquilles de la mer Indienne  n'a point de prix à ses yeux ; du moins son coeur est pur : souvent il étend ses membres sur un tendre gazon, alors que la terre peinte de fleurs, parmi les herbes gemmées, parsème au doux printemps les champs rehaussés de mille couleurs ; alors, joyeux des chants qu'il tire d'un chalumeau palustre, coulant des loisirs exempts d'envie et de mensonge, il s'épanouit pour lui : l'arbuste du Tmolus , jouant de ses verts sarments, le voile de sa chevelure et le recouvre d'un manteau de pampre . Il aime les chèvres ruisselantes de lait; il aime les bocages, et la féconde Palès , et, au fond des vallées, les antres sombres où coulent des eaux toujours nouvelles.

    Qui pourrait vivre d'une vie plus heureuse et plus digne d'envie que celui dont l'âme pure et le coeur sans reproche ne connaît pas, à l'écart du monde, l'avide amour des richesses, et ne craint ni les tristes guerres ni les funestes combats d'une flotte puissante. Il ne va pas, pour orner de brillantes dépouilles les saints temples des dieux, ou pour dépasser en s'élevant les bornes de la puissance, se jeter, la tête baissée, au-devant de cruels ennemis. Ce n'est pas l'art, c'est la faux qui a poli l'image du dieu qu'il adore  ; ses palais, ce sont les bois; ses encens de Panchaïe , ce sont les herbes des champs, émaillées de fleurs. Un doux repos, une volupté pure, et libre, les soins d'une âme simple, voilà sa vie : ce à quoi tendent ses désirs, ce vers quoi il dirige toutes ses pensées, le souci qu'il a au fond du coeur, c'est, content de toute nourriture, d'avoir du repos en abondance, et d'abandonner aux liens d'un doux sommeil ses membres alanguis. O brebis ! ô dieux Pans  ! ô délicieuse Tempé  aux frondaisons peuplées d'Hamadryades  ! dans le culte sans faste qu'il leur voue, chaque berger, émule du poète d'Ascra , passe comme lui, d'un coeur tranquille, une vie sans orage[...]


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