• Le Moustique de Virgile

    "Le moustique" est un poème attribué à Virgile, et rangé dans l' Appendix Vergiliana, recueil sans doute constitué tradivement. Cette pièce de jeunesse de 414 hexamètres a pour sujet la mort d'un moustique écrasé par un berger au moment où il le réveille pour le sauver d'un serpent. Mort, le moustique apparaît en songe à son meurtrier et lui demande une sépulture qu'il obtient. Voici un extrait qui se situe dans la première partie du texte: le poète présente la vie des bienheureux bergers:

    O bonheur du berger  (si le vain savoir de nos esprits prévenus ne dédaigne pas les jouissances du pauvre et ne se laisse pas prendre, pour mépriser la pauvreté, aux trompeuses vanités du luxe) - bonheur ignorant des soucis, qui déchirent dans un coeur haineux nos avides pensées ! Si jamais pour lui des toisons, payées par les trésors d'un Attale  n'ont été deux fois trempées dans la teinture assyrienne ; si l'éclat de l'or rayonnant aux lambris de sa demeure  n'étreint pas son coeur avide ; s'il n'est pas destiné à posséder de magnifiques peintures ni des mosaïques resplendissantes, dont l'inutilité lui est connue ; si ses coupes n'étalent pas les agréables ciselures d'Alcon  et de Boèce  ; si la perle des coquilles de la mer Indienne  n'a point de prix à ses yeux ; du moins son coeur est pur : souvent il étend ses membres sur un tendre gazon, alors que la terre peinte de fleurs, parmi les herbes gemmées, parsème au doux printemps les champs rehaussés de mille couleurs ; alors, joyeux des chants qu'il tire d'un chalumeau palustre, coulant des loisirs exempts d'envie et de mensonge, il s'épanouit pour lui : l'arbuste du Tmolus , jouant de ses verts sarments, le voile de sa chevelure et le recouvre d'un manteau de pampre . Il aime les chèvres ruisselantes de lait; il aime les bocages, et la féconde Palès , et, au fond des vallées, les antres sombres où coulent des eaux toujours nouvelles.

    Qui pourrait vivre d'une vie plus heureuse et plus digne d'envie que celui dont l'âme pure et le coeur sans reproche ne connaît pas, à l'écart du monde, l'avide amour des richesses, et ne craint ni les tristes guerres ni les funestes combats d'une flotte puissante. Il ne va pas, pour orner de brillantes dépouilles les saints temples des dieux, ou pour dépasser en s'élevant les bornes de la puissance, se jeter, la tête baissée, au-devant de cruels ennemis. Ce n'est pas l'art, c'est la faux qui a poli l'image du dieu qu'il adore  ; ses palais, ce sont les bois; ses encens de Panchaïe , ce sont les herbes des champs, émaillées de fleurs. Un doux repos, une volupté pure, et libre, les soins d'une âme simple, voilà sa vie : ce à quoi tendent ses désirs, ce vers quoi il dirige toutes ses pensées, le souci qu'il a au fond du coeur, c'est, content de toute nourriture, d'avoir du repos en abondance, et d'abandonner aux liens d'un doux sommeil ses membres alanguis. O brebis ! ô dieux Pans  ! ô délicieuse Tempé  aux frondaisons peuplées d'Hamadryades  ! dans le culte sans faste qu'il leur voue, chaque berger, émule du poète d'Ascra , passe comme lui, d'un coeur tranquille, une vie sans orage[...]


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