• Quelques "princesses"

    Les Princesses, recueil du poète parnassien Théodore de Banville (1823-1891), fut publié en 1874. A côté de la figure d'Hérodiade, on trouve, par exemple, la reine Sémiramis. Reine légendaire de Babylone, on la décrit comme une conquérante et on lui attribue la construction des jardins de Babylone, une des sept merveilles du monde. Souvent représentée sur un char tiré par sept lions, elles est parfois assimilée à la déesse Ishtar, déesse de la guerre et de la volupté. Banville s'empare de cette figure pour la faire figurer dans sa galerie de princesses:

    "Elle ne voulut jamais se marier légitimement, afin de ne pas être privée de la souveraineté ; mais elle choisissait les plus beaux hommes de son armée, et, après leur avoir accordé ses faveurs, elle les faisait disparaître." Diodore de Sicile, Livre II. Trad. Ferdinand Hoefer.

     Sémiramis, qui règne et dont la gloire éclate,
    Mène après elle, ainsi que le ferait un Dieu,
    Les rois vaincus ; on voit dans une mer de feu
    Les astres resplendir sur sa robe écarlate.

    Attentive à la voix du fleuve qui la flatte,
    Elle écoute gémir et chanter le flot bleu,
    En traversant le pont triomphal que par jeu
    Sa main dominatrice a jeté sur l’Euphrate.

    Or, tandis qu’elle passe, humiliant le jour,
    Un soldat bactrien murmure, fou d’amour :
    « Je voudrais la tenir entre mes bras, dussé-je,

    Après, être mangé tout vivant par des chiens ! »
    Alors Sémiramis, la colombe de neige,
    Tourne vers lui son front céleste et lui dit : « Viens ! »

    Comme il se doit, le poète convoque Cléopâtre, Hélène de Troie, la Reine de Saba. Mais il sort du cadre antique et biblique et met en scène dans le sonnet que voici Marie Stuart, reine d'Ecosse:

     

    "On y menait Marie, pour la récompenser et la distraire, à l’heure où les chiens rentraient et se précipitaient par les portes, par les fenêtres basses, vers leurs loges."  J.-M. Dargaud, Histoire de Marie Stuart.

    A Saint-Germain, devant le fier château, Marie
    Stuart, le front orné de perles et d’or fin,
    Arrive de la chasse avec le roi dauphin,
    Car elle aima toujours la noble vénerie.

    Toute la cour l’entoure avec idolâtrie,
    Oubliant pour ses yeux la fatigue et la faim,
    Et François pâlissant, dans un songe sans fin,
    Admire sa blancheur et sa bouche fleurie.

     
    Ronsard dit : « C’est le lys divin, que nul affront

    Ne peut ternir ! » Le roi Henri la baise au front.
    Cependant, elle rit tout bas avec madame

    De Valentinois, blonde aux cheveux ruisselants,
    Et ces folles beautés, que le carnage affame,
    Regardent au chenil rentrer les chiens sanglants.

    Quelques remarques s'imposent... Il est intéressant de noter que les poèmes de Banville se présentent explicitement comme des réécritures, on pourrait presque dire comme des greffons qui prennent appui sur des citations semblant fournir le prétexte au sonnet qui vient développer une thématique de la citation.

    Soyons clair, si ces sonnets séduisent par leur virtuosité (puisque Banville avait la réputation d'être un virtuose), ils véhiculent aussi un certain nombre d'images toutes faites et franchement sexistes. La femme est ici fatale, carnassière (que de chiens dans ces deux sonnets!), séduisante autant que dangereuse... Images passéistes pourtant encore solidement enracinées dans le cinéma au 20ème siècle -pas de péplums hollywoodiens sans ses brouettes de danseuses du ventre ! Nous y reviendrons...


    Tags Tags : , ,
  • Commentaires

    Aucun commentaire pour le moment

    Suivre le flux RSS des commentaires


    Ajouter un commentaire

    Nom / Pseudo :

    E-mail (facultatif) :

    Site Web (facultatif) :

    Commentaire :