• Chevelures

     

    Dante Gabriel Rossetti, Lady Lilith, 1866-68 ,

    huile sur toile, 97,8 cm x 85,1 cm, Delaware Art Museum

     

                       Les cheveux

    Le flot de ses cheveux a baisé le soleil :

    Il en est demeuré rouge comme une aurore.

    Il brille sur la tête auguste et la décore

    Comme un ruisseau coulant dans un pays vermeil.

     

    Les profonds cheveux bruns embaument le sommeil ;

    Les cheveux blonds sont doux ; un miel exquis les dore ;

    Mais les roux sont plus beaux et plus puissants encore,

    Et leur rayonnement aux flammes est pareil.

     

    Ondes au cours puissant où mon désir s'abreuve,

    Ruisselez et roulez éparses comme un fleuve,

    Et faites à la chair un linceul endormant.

     

    Je veux sur le lit blanc des tièdes encolures,

    Comme un noyé, comme un lascif, éperdument

    Plonger mes mains dans l'or vivant des chevelures.

    Albert Mérat (1840-1909), L'idole, 1869.

     

                   La chevelure

    Ô toison, moutonnant jusque sur l'encolure !

    Ô boucles ! Ô parfum chargé de nonchaloir !

    Extase ! Pour peupler ce soir l'alcôve obscure

    Des souvenirs dormant dans cette chevelure,

    Je la veux agiter dans l'air comme un mouchoir !

     

    La langoureuse Asie et la brûlante Afrique,

    Tout un monde lointain, absent, presque défunt,

    Vit dans tes profondeurs, forêt aromatique !

    Comme d'autres esprits voguent sur la musique,

    Le mien, ô mon amour ! nage sur ton parfum.

     

    J'irai là-bas où l'arbre et l'homme, pleins de sève,

    Se pâment longuement sous l'ardeur des climats ;

    Fortes tresses, soyez la houle qui m'enlève !

    Tu contiens, mer d'ébène, un éblouissant rêve

    De voiles, de rameurs, de flammes et de mâts :

     

    Un port retentissant où mon âme peut boire

    A grands flots le parfum, le son et la couleur ;

    Où les vaisseaux, glissant dans l'or et dans la moire,

    Ouvrent leurs vastes bras pour embrasser la gloire

    D'un ciel pur où frémit l'éternelle chaleur.

     

    Je plongerai ma tête amoureuse d'ivresse

    Dans ce noir océan où l'autre est enfermé ;

    Et mon esprit subtil que le roulis caresse

    Saura vous retrouver, ô féconde paresse,

    Infinis bercements du loisir embaumé !

     

    Cheveux bleus, pavillon de ténèbres tendues,

    Vous me rendez l'azur du ciel immense et rond ;

    Sur les bords duvetés de vos mèches tordues

    Je m'enivre ardemment des senteurs confondues

    De l'huile de coco, du musc et du goudron.

     

    Longtemps ! toujours ! ma main dans ta crinière lourde

    Sèmera le rubis, la perle et le saphir,

    Afin qu'à mon désir tu ne sois jamais sourde !

    N'es-tu pas l'oasis où je rêve, et la gourde

    Où je hume à longs traits le vin du souvenir ?

    Charles Baudelaire (1821-1867), Les Fleurs du Mal, 1861

     

    Chevelures

    Edvard Munch (1863-1944), Les Amants dans les Vagues, 1896, lithographie

     

                                        Un hémisphère dans une chevelure

    Laisse-moi respirer longtemps, longtemps, l’odeur de tes cheveux, y plonger tout mon visage, comme un homme altéré dans l’eau d’une source, et les agiter avec ma main comme un mouchoir odorant, pour secouer des souvenirs dans l’air.

    Si tu pouvais savoir tout ce que je vois ! tout ce que je sens ! tout ce que j’entends dans tes cheveux ! Mon âme voyage sur le parfum comme l’âme des autres hommes sur la musique.

    Tes cheveux contiennent tout un rêve, plein de voilures et de mâtures ; ils contiennent de grandes mers dont les moussons me portent vers de charmants climats, où l’espace est plus bleu et plus profond, où l’atmosphère est parfumée par les fruits, par les feuilles et par la peau humaine.

    Dans l’océan de ta chevelure, j’entrevois un port fourmillant de chants mélancoliques, d’hommes vigoureux de toutes nations et de navires de toutes formes découpant leurs architectures fines et compliquées sur un ciel immense où se prélasse l’éternelle chaleur. 

    Dans les caresses de ta chevelure, je retrouve les langueurs des longues heures passées sur un divan, dans la chambre d’un beau navire, bercées par le roulis imperceptible du port, entre les pots de fleurs et les gargoulettes rafraîchissantes.

    Dans l’ardent foyer de ta chevelure, je respire l’odeur du tabac mêlé à l’opium et au sucre ; dans la nuit de ta chevelure, je vois resplendir l’infini de l’azur tropical ; sur les rivages duvetés de ta chevelure je m’enivre des odeurs combinées du goudron, du musc et de l’huile de coco.

    Laisse-moi mordre longtemps tes tresses lourdes et noires. Quand je mordille tes cheveux élastiques et rebelles, il me semble que je mange des souvenirs.

    Charles Baudelaire (1821-1867), Le Spleen de Paris, 1869

     

    AS Dragon, "Un hémisphère dans une chevelure"

     

    Chevelures

    Gustav Klimt, Serpents d'eau II, 1904-07

    huile sur toile, 80 x 145 cm

     

                          La Chevelure (extrait)

    [...] Oh ! je plains ceux qui ne connaissent pas cette lune de miel du collectionneur avec le bibelot qu’il vient d’acheter. On le caresse de l’œil et de la main comme s’il était de chair ; on revient à tout moment près de lui, on y pense toujours, où qu’on aille, quoi qu’on fasse. Son souvenir aimé vous suit dans la rue, dans le monde, partout ; et quand on rentre chez soi, avant même d’avoir ôté ses gants et son chapeau, on va le contempler avec une tendresse d’amant.

    Vraiment, pendant huit jours, j’adorai ce meuble. J’ouvrai à chaque instant ses portes, ses tiroirs ; je le maniais avec ravissement, goûtant toutes les joies intimes de la possession.

    Or, un soir, je m’aperçus, en tâtant l’épaisseur d’un panneau, qu’il devait y avoir là une cachette. Mon cœur se mit à battre, et je passai la nuit à chercher le secret sans le pouvoir découvrir.

    J’y parvins le lendemain en enfonçant une lame dans une fente de la boiserie. Une planche glissa et j’aperçus, étalée sur un fond de velours noir, une merveilleuse chevelure de femme !

    Oui, une chevelure, une énorme natte de cheveux blonds, presque roux, qui avaient dû être coupés contre la peau, et liés par une corde d’or.

    Je demeurai stupéfait, tremblant, troublé ! Un parfum presque insensible, si vieux qu’il semblait l’âme d’une odeur, s’envolait de ce tiroir mystérieux et de cette surprenante relique.

    Je la pris, doucement, presque religieusement, et je la tirai de sa cachette. Aussitôt elle se déroula, répandant son flot doré qui tomba jusqu’à terre, épais et léger, souple et brillant comme la queue en feu d’une comète.

    Une émotion étrange me saisit. Qu’était-ce que cela ? Quand ? comment ? pourquoi ces cheveux avaient-ils été enfermés dans ce meuble ? Quelle aventure, quel drame cachait ce souvenir ? Qui les avait coupés ? un amant, un jour d’adieu ? un mari, un jour de vengeance ? ou bien celle qui les avait portés sur son front, un jour de désespoir ?

    Etait-ce à l’heure d’entrer au cloître qu’on avait jeté là cette fortune d’amour, comme un gage laissé au monde des vivants ? Etait-ce à l’heure de la clouer dans la tombe, la jeune et belle morte, que celui qui l’adorait avait gardé la parure de sa tête, la seule chose qu’il pût conserver d’elle, la seule partie vivante de sa chair qui ne dût point pourrir, la seule qu’il pouvait aimer encore et caresser, et baiser dans ses rages de douleur ?

    N’était-ce point étrange que cette chevelure fût demeurée ainsi, alors qu’il ne restait plus une parcelle du corps dont elle était née ?

    Elle me coulait sur les doigts, me chatouillait la peau d’une caresse singulière, d’une caresse de morte. Je me sentais attendri comme si j’allais pleurer.

    Je la gardai longtemps, longtemps en mes mains, puis il me sembla qu’elle m’agitait, comme si quelque chose de l’âme fût resté caché dedans. Et je la remis sur le velours terni par le temps, et je repoussai le tiroir, et je refermai le meuble, et je m’en allai par les rues pour rêver.

    [...]

    Guy de Maupassant (1850-1893), La Chevelure, 1884

     

         La fille aux cheveux de lin

    Sur la luzerne en fleur assise,

    Qui chante dès le frais matin ?

    C'est la fille aux cheveux de lin,

    La belle aux lèvres de cerise.

     

    L'amour, au clair soleil d'été,

    Avec l'alouette a chanté.

     

    Ta bouche a des couleurs divines,

    Ma chère, et tente le baiser !

    Sur l'herbe en fleur veux-tu causer,

    Fille aux cils longs, aux boucles fines ?

     

    L'amour, au clair soleil d'été,

    Avec l'alouette a chanté.

     

    Ne dis pas non, fille cruelle !

    Ne dis pas oui ! J'entendrai mieux

    Le long regard de tes grands yeux

    Et ta lèvre rose, ô ma belle !

     

    L'amour, au clair soleil d'été,

    Avec l'alouette a chanté.

     

    Adieu les daims, adieu les lièvres

    Et les rouges perdrix ! Je veux

    Baiser le lin de tes cheveux,

    Presser la pourpre de tes lèvres !

     

    L'amour, au clair soleil d'été,

    Avec l'alouette a chanté.

    Charles Leconte Lisle (1818-1894), Poèmes antiques, édition de 1874

     

    Claude Debussy, "La fille aux cheveux de lin" (version pour  harpe)

     

     


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  •  

    un peu de philosophie (faites un peu chauffer vos neurones, tant qu'on ne les a pas remplacés par un circuit imprimé): 


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  • Trimalcion entre en scène... 

     


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  • Emission très complète sur l'oeuvre au programme en Terminale cette année. 

     


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  • Romantisme

    FUSSLI, LE CAUCHEMAR, 1791

     

    Romantisme

    TURNER, BUTTERMERE LAKE, VERS 1797

     

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    FRIEDRICH, VOYAGEUR AU DESSUS DE LA MER DE NUAGES, 1818

     

    Romantisme

    GERICAULT, LE RADEAU DE LA MEDUSE, 1819

     

    Romantisme

     

    FRIEDRICH, LE REVEUR, VERS 1835

     

    Romantisme

    CONSTABLE, HADLEIGH CASTLE,  VERS 1828

     

    Romantisme

    DELACROIX, LA LIBERTE GUIDANT LE PEUPLE, 1830

     

    Romantisme

    FROMENTIN, CHASSE AU HERON EN ALGERIE, 1865

     


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